vendredi 13 février 2026

Du judaïsme au christianisme

 Le christianisme provient du judaïsme avec qui il partage une certaine conception de la divinité, à savoir l’unicité de Dieu et le refus de plusieurs dieux, le monothéisme, des textes, ceux de l’ancien Testament qui, pour la plupart appartiennent à la Bible hébraïque (le Tanakh), et donc des prophètes.

Toutefois, la séparation entre les deux religions ne va pas sans une formation en opposition dans l’Antiquité.

Comment se sont donc constitués judaïsme et christianisme ?

 

 

À l’origine le judaïsme est une religion nationale, celle d’un peuple. Une inscription sur une stèle égyptienne en 1207 d’une victoire sur un certain Israël montre sa haute antiquité (Cf. Sous la direction de Pierre Savy, Histoire des JuifsUn voyage en 80 dates de l’Antiquité à nos jours, P.U.F., 2020, p.13.).

Les livres historiques de la Tanakh (la Bible hébraïque ou en gros l’Ancien testament des Bibles chrétiennes, catholiques ou protestantes, qui contient trois ensembles, la Torah, c’est-à-dire le Pentateuque, Genèse, Exode, Lévitique, Deutéronome, nombres ; les Nevi’im, les livres des prophètes : Josué, Jérémie, Ézéchiel, Petits prophètes, deuxième livre de Samuel, Isaïe, Premier livre de Samuel, Premier livre des rois, livre des Juges, Deuxième livre des Rois et les Ketouvim, autres écrits : livre des Psaumes, Daniel, Esther, Esdras, Néhémie, premier livre des chroniques Ecclésiaste, Ruth, Proverbes, lamentation Job, Cantique des cantiques, deuxième livre des chroniques) mentionnent notamment deux rois, David qui réunit les douze tribus d’Israël et fonde un puissant royaume et Salomon son successeur. Le premier apparaît sur une stèle postérieure où le royaume de Juda est dit appartenir à la maison de David, le second n’apparaît à ce jour que dans les écrits bibliques.

Deux royaumes, celui de Juda et celui d’Israël se forment, le second disparaissant au profit du premier suite à sa destruction en 722 par les Assyriens. La capitale du royaume de Juda est Jérusalem où est construit le temple consacré à Dieu, centre du culte. En effet, Dieu y réside en quelque sorte. La religion juive est nationale car elle repose sur l’alliance entre Dieu et son peuple qui remonte à Abraham et qui a été confirmée par le rôle salvateur de Moïse, un hébreu recueilli dans la maison de pharaon qui aurait libéré les hébreux d’Égypte, et les aurait menés à la terre promise en recevant au passage les dix commandements sur le mont Sinaï, terre promise conquise ultérieurement par Josué. Moïse est dans le judaïsme l’auteur de la Torah, c’est un article de foi obligatoire. La spécificité de cette religion a été remarquée par Nietzsche (1844-1900) dans l’Antéchrist (1888, § 25, 26), alors que les peuples abandonnent leur dieu lorsqu’ils sont défaits, le Dieu d’Israël demeura même après des défaites et toutes les vicissitudes de son histoire et la faute est rejetée sur le peuple pécheur.

Le temple de Jérusalem, centre du culte que Salomon aurait fait construire fut détruit une première fois en 586 lors de la conquête de Nabuchodonosor II ( ?-605-562 av. J.-C.) qui déporte à Babylone nombre de juifs. Et le judaïsme ne disparaît pas, il demeure dans les textes comme les Psaumes qui expriment notamment la nostalgie de Sion, une colline de Jérusalem. Cette dimension textuelle sera essentielle pour le judaïsme.

Après la domination babylonienne, le royaume de Juda passe sous juridiction perse après la conquête de Babylone par Cyrus le grand ( ?-559-530 av. J.-C.), le fondateur de l’empire perse achéménide. Le prophète Isaïe aurait annoncé sa venue (Isaïe, XLV, 1-3). Cyrus autorise les juifs à rentrer après qu’il a pris Babylone en 536 av. J.-C. Le second temple est alors construit. Le royaume de Juda est considéré comme celui d’un peuple (grec : ἔθνος ethnos) qui a à sa tête le grand prêtre et un conseil aristocratique la gérousia ou sanhédrin (cf. Laurianne Martinez-Sève, Atlas du monde hellénistique : Pouvoirs et territoires après Alexandre le Grand, Autrement, 3ème édition, 2017, p.54.).

Après les Perses, le royaume de Juda entre dans l’empire d’Alexandre le grand (356-336-323 av. J.-C.), le roi de Macédoine qui conquiert l’immense empire perse avec une armée gréco-macédonienne auquel un contingent juif se mêle bientôt. Alexandre donnera un quartier aux juifs dans la ville qu’il fonde en Égypte, nommée d’après lui, Alexandrie. Puis le royaume de Juda se trouva disputé par les royaumes de ses successeurs qui se sont partagé son empire, celui d’Égypte de la dynastie lagide (le père de son fondateur Ptolémée un compagnon d’Alexandre s’appelait Lagos) d’un côté et le royaume séleucide (son fondateur Séleucos était le plus jeune général d’Alexandre) de l’autre qui inclut la Perse, le moyen orient et une partie de l’actuelle Turquie. Le royaume séleucide absorbe le royaume de Juda après la bataille de Panion (actuelle Banyas) en 198 av. J.-C. qui voit la victoire du roi séleucide Antiochos III (242-223-187 av. J.-C.) sur Ptolémée V (210-204-180 av. J.-C.) alors enfant. Dans un premier temps, les rois lagides puis séleucides respectèrent la spécificité du peuple juif, le rôle de la Torah comme loi.

Mais Antiochos IV (215-175-164 av. J.-C.) avec l’aide de juifs hellénisés décide de supprimer le judaïsme comme en témoigne le récit des Maccabées (Les livres des Maccabées raconte cette révolte en grec et tient son nom de Judas et Simon Maccabée qui ont dirigé la révolte victorieuse des Juifs contre Antiochos IV. Les quatre livres des Maccabées n’appartiennent pas à la Bible hébraïque, les deux premiers appartiennent à la Bible catholique et sont dans l’Ancien Testament. Cette absence de la Tanakh est d’autant plus étonnante que ce sont les événements rapportés qui expliquent la fête juive d’hanoukka qui commémore la réinstauration du temple de Jérusalem) :

« Peu de temps après, le roi envoya Géronte l’Athénien pour forcer les Juifs à enfreindre les lois de leurs pères et à ne plus régler leur vie sur les lois de Dieu, pour profaner le Temple de Jérusalem et le dédier à Zeus Olympien, et celui du mont Garizim à Zeus Hospitalier, comme le demandaient les habitants du lieu. » (Biblede Jérusalem, Maccabées II 6 :1-2).

La révolte de 168 à 142 sera couronnée de succès – le temple de Jérusalem est restauré dans sa fonction religieuse en 165 – et le royaume de Juda va recouvrer son indépendance en 142 et même s’agrandir quelque peu. Le temple de Jérusalem retrouve son rôle et va être augmenté à l’époque de la dynastie hasmonéenne qui finit par régner après la révolte des Maccabées à partir de 104 (cf. Laurianne Martinez-Sève, Atlas du monde hellénistique, Autrement, 3ème édition, 2017, pp.54-55). La religion hébraïque demeure nationale et le rôle du temple est renforcé.

En 63 av. J.-C. Pompée conquiert le royaume de Juda qui restera sous domination romaine jusqu’à la conquête arabe (638). Cette domination romaine sera émaillée de révoltes qui échoueront toutes. La première est réprimée par Titus (39-79-81, le Tite du théâtre classique), fils de l’empereur Vespasien (9-69-79) et futur empereur qui rase le temple dont il ne resterait que le mur des lamentations en 70. Cette destruction marque la fin de la religion nationale, de la religion des Hébreux dont Spinoza (1632-1677) dira beaucoup plus tard qu’elle était aussi la disparition de l’État des Hébreux, d’où il concluait au grand scandale de ses contemporains que la loi n’avait plus de valeur (Traité théologico-politique, anonyme 1670).

 

 

La perte du temple et la prédication des disciples de Jésus amènent à une réorganisation du judaïsme autour du Talmud. Il s’agit de commentaires rabbiniques comprenant la Mishna, la loi orale, qui précisent ce qu’est la religion juive, notamment dans sa différence avec le christianisme, le gnosticisme (une forme de christianisme qui distingue un Dieu mauvais de l’ancien testament, le démiurge, du Dieu bon du nouveau Testament et qui fait de la connaissance la condition du salut) et s’affirme aussi contre la philosophie. On en trouve deux versions, le talmud de Jérusalem (II° au V° siècles) qui compile des écrits rabbiniques faits dans la clandestinité dans la mesure où l’empereur Hadrien (76-117-136) avait interdit les études juives après la révolte de Bar Kokhba entre 132 et 135 (qui aurait été aussi antichrétienne selon les sources chrétiennes) et celui de Babylone (du VI° à 800). Il s’ordonne autour de la Mishnah qui est la loi orale et comprend des récits ou des développements qui passent pour philosophiques. Le judaïsme devient une religion du livre et de l’étude. Le talmud sera condamné par les chrétiens en France où il est brûlé en 1244. On lui attribue la thèse d’une naissance déshonorante de Jésus, fils de Marie et d’une relation adultère avec un légionnaire romain, interprétation contestée par les érudits juifs. Yeshu étant un nom répandu, il désigne des individus divers qui ne sont pas nécessairement identifiables avec celui des chrétiens.

Le christianisme naît dans un contexte juif. On peut penser avec le théologien allemand Ferdinand Christian Baur (1792-1860) que le judéo-christianisme fut sa forme primitive.

Les croyances fondamentales du judaïsme sont les suivantes :

Dieu est le Créateur de tout ce qui existe ; il est un, incorporel (sans corps), et lui seul est digne d’être adoré comme le souverain absolu de l’univers.

La Torah été révélé par Dieu à Moïse. Les 613 commandements du livre du Lévitique et d’autres livres régulent tous les aspects de la vie juive. Les Dix Commandements, tels qu’exposés en Exode 20.1-17 et Deutéronome 5.6-21 sont un bref résumé de la loi.

Dieu a communiqué avec le peuple juif par les prophètes.

Moïse est un prophète, rédacteur de la Torah (ce que contestera Spinoza [1632-1677], après d’autres critiques des écrits religieux juifs, dans le Traité théologico-politique publié anonymement en 1670).

Dieu récompense les hommes pour leurs bonnes actions et punit le mal. Le judaïsme affirme la bonté inhérente du monde et de ses habitants en tant que créatures de Dieu. 

Les croyants juifs peuvent se sanctifier et se rapprocher de Dieu en respectant les Mitsvoth (les commandements divins).

Ils n’ont pas besoin d’un Sauveur et n’ont pas d’intermédiaire.

Le Messie (l’oint de l’Éternel) doit venir à l’avenir pour rassembler une nouvelle fois les Juifs dans le pays d’Israël. Il fera la paix entre les nations. Alors, tous les morts ressusciteront. Le Temple de Jérusalem, détruit par les Romains en 70 ap. J.-C., sera reconstruit.

C’est cette croyance en un messie qui révèlera la vraie religion à tous les hommes qui fait du judaïsme une religion universelle et non simplement nationale. Le philosophe et croyant juif Emmanuel Levinas (1906-1995) a pu ainsi écrire : « c’est pour l'humanité tout entière que le judaïsme est venu. » Difficile liberté, 1963.

Les croyances juives au sujet de Jésus varient considérablement. Certains le considèrent comme un grand maître de morale, d’autres comme un faux prophète ou comme une idole du christianisme. Moïse Maïmonide (1135/1138-1204), rabbin et philosophe, en accord avec les théologiens musulmans tenait le christianisme pour un polythéisme où on adore plusieurs dieux. Certaines sectes du Judaïsme vont jusqu’à refuser de prononcer le nom de Jésus à cause de l’interdiction de prononcer le nom d’une idole.

Le judéo-christianisme reconnaît en Jésus le messie et conserve la loi juive. C’est Jacques, le « frère » de Jésus (Nouveau testament, Flavius Josèphe [37/38-100), Antiquités judaïques, 20, 197-203) qui aurait été le chef de file de ce premier christianisme. Il aurait été exécuté à l’instigation des autorités juives en 61/62.

C’est Paul de Tarse (0-64-68), citoyen romain, qu’on peut considérer à l’instar de Nietzsche (Antéchrist, §42) comme le fondateur du christianisme. En effet, rabbin sous le nom de Saül, il persécute les chrétiens avant que Jésus lui apparaisse dans le ciel sur le chemin de Damas. Il se convertit. Il fait de la foi (πίστις /pistis) la troisième vertu des trois vertus théologales avec l’espérance (ἐλπίς / elpís) et la charité (ἀγάπη / agapè) (Paul, Première épître aux Corinthiens, 13) un élément essentiel, foi dans la croix, cette folie pour les Grecs qui cherchent la sagesse mais puissance de Dieu (Paul, Première épitre aux Corinthiens, 1 :18).

La prédication chrétienne aura un boulevard lorsque Constantin (272-337) accèdera à l’empire. Avant cela, elle s’était développée en suscitant l’opposition des autorités et de certains philosophes. L’Église constitue progressivement les livres autorisés, notamment les quatre évangiles reconnus, les autres étant rejetés. Parmi les philosophes opposants, on peut citer Celse (II°), auteur d’un Λόγος Ἀληθής (logos alèthès) Discours vraicritiquait les chrétiens (nous le connaissons par le Contre Celse du père de l’Église Origène [185-253]). Celse opposait par exemple, le philosophe stoïcien Épictète méprisant la douleur, au Christ. Plus tard Porphyre de Tyr (234-305), disciple de Plotin (205-270) aurait écrit un Κατὰ Χριστιανῶν (contra christianon) Contre les chrétiens en 15 livres (à partir de 271 ou vers 303 s’il a inspiré la dernière persécution chrétienne, lui aussi très partiellement connu par les réfutations d’auteurs chrétiens comme Eusèbe de Césarée (v. 260 – 339/340), On peut mentionner le Λόγοι φιλαλήθεις πρὸς τοὺς Χριστιανούς (logoi philalètès pros tous christianous, Discours amis de la vérité contre les chrétiens) d’Hiérocles (proconsul romain et antichrétien dans ses fonctions, Eusèbe a également écrit contre lui), publié probablement vers le début de ce qu’on appelle la grande persécution lancée à partir de 303 jusqu’en 311 par l’empereur Dioclétien (244-284-305-311)Il faudra que Constantin, empereur chrétien, triomphe d’un concurrent, Maxence, co-empereur qu’il bat à la bataille du pont Milvius en 312 pour que le christianisme puisse se répandre. Ses soldats auraient combattu avec le chrisme, un signe du christ qu’il leur aurait fait arborer après avoir entendu en rêve Εν Τουτω Νικα (èn touto nika), traduit en latin par In hoc (signo) vinces (par ce signe tu vaincras), ce signe reprend les deux premières lettres de ησοῦς Χριστὸς (Iēsoûs Khristòs), Jésus Christ en grec.

En 313, l’édit de Milan accorde la liberté de culte aux chrétiens longtemps criminels car ils ne sacrifiaient pas aux dieux et à l’empereur même si l’édit de 311 de l’empereur Galère (250-305-311) les tolérait. L’historien Paul Veyne (1930-2022) estimait dans son ouvrage Comment notre monde est devenu chrétien ? publié en 2008 qu’il y avait à peine 10% de chrétiens dans l’empire au début du IV° siècle. Le règne de Constantin inaugure la montée en puissance de cette religion bientôt dominante. Constantin est à l’origine du concile de Nicée en 325 qui fixe le dogme chrétien contre l’hérésie arienne qui considérait avec l’évêque Arius (250-336) que Jésus était différent de Dieu en nature. Le texte de la profession de foi en est le suivant dans une version ancienne :

« Nous croyons en un seul Dieu, le Père tout-puissant, créateur du ciel et de la terre, de toutes les choses visibles et invisibles.

Nous croyons en un seul Seigneur, Jésus-Christ, le Fils unique de Dieu, né du Père avant tous les siècles, Dieu venu de Dieu, lumière issue de la lumière, vrai Dieu issu du vrai Dieu, engendré et non créé, d'une même substance que le Père et par qui tout a été fait ; qui pour nous les hommes et pour notre salut, est descendu des cieux et s'est incarné par le Saint- Esprit dans la vierge Marie et a été fait homme. Il a été crucifié pour nous sous Ponce-Pilate, il a souffert et il a été mis au tombeau ; il est ressuscité des morts le troisième jour, conformément aux Écritures ; il est monté aux cieux où il siège à la droite du Père. De là, il reviendra dans la gloire pour juger les vivants et les morts, et son règne n'aura pas de fin.

Nous croyons en l'Esprit-Saint, qui règne et qui donne la vie, qui procède du Père, qui a parlé par les Prophètes, qui avec le Père et le Fils est adoré et glorifié ; nous croyons une seule Église, sainte, catholique et apostolique. Nous confessons un seul baptême pour la rémission des péchés ; nous attendons la résurrection des morts et la vie du monde à venir. Amen. »

Le dogme trinitaire est ainsi affirmé et définit le christianisme qui ainsi se sépare totalement et définitivement du judaïsme et ce dogme le séparera aussi de l’islam. Constantin 1er adopte des mesures contre les juifs pour combattre leur influence comme l’interdiction de convertir ou celle de sanctionner les juifs se convertissant au christianisme. La date de la fête de Pâques est séparée de Pessah (la pâque juive qui commémore le fait que la dixième plaie a épargné les premiers nés des hébreux, c’est à cette occasion que Jésus vint à Jérusalem, fut crucifié et ressuscité) : « Maintenant, nous n’avons plus rien de commun avec la nation détestée des Juifs, notre Sauveur nous a tracé une autre voie. » aurait déclaré Constantin.

L’empereur Julien (331-361-363), élevé dans le christianisme, tenta une restauration de l’ancienne religion. C’est pour cela que les chrétiens le surnomment l’apostat. Il prit un édit de tolérance pour l’ancienne religion et le judaïsme. Il permit aussi l’arianisme. Il interdit l’enseignement aux chrétiens. Il écrit contre les chrétiens un Contre les galiléens (Κατὰ τῶν Γαλιλαιῶν, Kata tôn galilaiôn) Détruit par les chrétiens, il est partiellement connu par des réfutations d’auteurs chrétiens. Admirant la piété des juifs, il ordonne la reconstruction du temple de Jérusalem qui sera inachevée et abandonnée après sa mort. Il meurt au cours d’une campagne contre les Perses sassanides. Après sa mort, les empereurs furent tous chrétiens et la marche vers un empire chrétien se poursuivit.

En 380 (28 février) l’empereur Théodose 1er (347-379-395), par l’édit de Thessalonique, fait interdire la religion traditionnelle en imposant à tous le catholicisme. Il fit détruire le texte de Julien contre les chrétiens. En 392, une réitération de l’édit de Thessalonique prend un caractère obligatoire, le christianisme devient la religion officielle de l’empire ce qui implique l’interdiction des autres religions, sauf la religion juive. Pourquoi ? L’interdire aurait été malgré l’opposition entre les deux religions, condamné une grande partie du christianisme. Néanmoins l’interdiction de la circoncision ou du mariage avec un juif demeurait. Après 392, les exactions contre les païens se multiplient comme les destructions des temples ou des statues des dieux. Cette année-là les chrétiens conduit par leur évêque Théophile ( ?-384-412) détruisent à Alexandrie le Sérapéum, une annexe de la bibliothèque consacrée au dieu Sérapis. Il est remplacé par une église chrétienne. La philosophe Hypatie (355-415) y enseignait peut-être. Les chrétiens l’assassineront en 415.

Les pères de l’Église ont intégré des apports de la philosophie grecque, notamment stoïcienne dans la morale chrétienne, en développant la conception paulinienne du mariage comme moyen de ne pas se damner (Première épître aux corinthiens, 7, 1-5). Le mariage est une concession, non un ordre (Première épître aux corinthiens, 7, 6). L’interdiction des relations sexuelles avant le mariage (cf. Épictète, Manuel, XXIII, 8 « Quant au sexe, dans la mesure du possible, garde-toi pur jusqu'au mariage. » ; Prieur Jean-Marc. « L’éthique sexuelle et conjugale des chrétiens des premiers siècles et ses justifications. » in Revue d'histoire et de philosophie religieuses, 82e année n°3, Juillet-Septembre 2002. pp. 267-282), l’exigence de relations sexuelles limitées à la finalité de la procréation, raison du mariage, ce que reprendra Justin ( ?-165, Apologie pour les chrétiens, I, 29) qui sera reconnu comme père de l’Église.

Michel Foucault, dans Les aveux de la chair (1984, tome 4 posthume de son Histoire de la sexualité, 2018) précise que les philosophes avaient en vue la maîtrise de soi et que la reprise de cette morale par les pères de l’Église visait à montrer la valeur du christianisme aux yeux des autorités.

 

 

De variante du judaïsme, le christianisme est devenu par son incorporation à l’empire romain une religion indépendante et les pères de l’Église, c’est-à-dire les interprètes du texte religieux dont les interprétations ont été reconnues comme d’inspiration divine par l’Église, ont élaboré ses dogmes en en faisant une religion de la foi distincte de la religion de la loi qu’est le judaïsme et que sera l’islam et qu’avaient été les religions grecques et romaines comme le philosophe Léo Strauss (1899-1973) l’a souvent fait remarquer.

 

 

 

 

samedi 31 janvier 2026

corrigé du sujet opinion et hypothèse

 Lorsque quelqu’un donne son opinion, il n’en est pas sûr, voire il est conscient de manquer de savoir en précisant « c’est mon opinion ». On dit alors parfois que c’est une supposition ou hypothèse. Est-ce à dire que l’opinion et l’hypothèse sont identiques ?

L’opinion donne lieu à un assentiment plus ou moins ferme alors que l’hypothèse laisse ouverte la question de sa vérité ou de sa fausseté. Pourtant, comme l’opinion, l’hypothèse semble dépasser indûment le savoir vérifié.

Peut-on vraiment distinguer l’hypothèse de l’opinion ?

L’opinion et l’hypothèse semblent identiques, mais leur rôle est différent dans la connaissance, l’opinion est plutôt politique.

 

 

Avoir une opinion, comme émettre une hypothèse, c’est tenter une représentation de la réalité, quelle qu’elle soit. C’est affirmer ce qui semble être, voire semble être vrai même si on ne peut le prouver. Dans le Ménonde Platon, Socrate prend l’exemple de quelqu’un qui ignore où est Larissa et forme une opinion ou une conjecture du lieu où il veut se rendre et réussit à y aller. Il est clair alors que l’opinion vraie ou droite ne se distingue pas de l’hypothèse exacte puisqu’elles ont le même effet. Ont-elles le même fondement ?

L’opinion comme l’hypothèse se distinguent du savoir en ce qu’elles n’ont pas de justification ou de preuves. C’est donc cette absence de fondement qu’elles ont en commun. L’opinion comme l’hypothèse surgissent sans motif apparent. Elles peuvent éventuellement provenir d’habitudes ou de préjugés en cours. Gaston Bachelard (1884-1962), dans la Formation de l’esprit scientifique (1938, chapitre VIII L’obstacle animiste, IV) donne l’exemple de l’opinion selon laquelle les mines d’or et d’argent se reproduisent, transposition d’un phénomène propre au vivant. N’est-ce pas qu’opinion et hypothèse reposent finalement sur la subjectivité ?

En effet, elles traduisent des besoins humains soutient à juste titre Bachelard toujours dans La Formation de l’esprit scientifique (chapitre I La notion d’obstacle épistémologique), ce en quoi elles s’opposent au savoir. On comprend alors qu’elles puissent surgir sans réflexion. On peut avec Adorno (1903-1969) dans Modèles critiques (1963), penser que l’opinion est un moyen pour le sujet de se protéger d’une réalité qui le blesse. On peut l’illustrer avec les opinions antisémites qui donnent au sujet le sentiment de comprendre une réalité qui lui échappe – tous ses malheurs sont la faute de juifs – exprimant alors ce qui lui permet de se conforter à ses propres yeux. Le sujet sait que son opinion n’est qu’une opinion et il l’affirme comme telle. Le caractère hypothétique de ce qu’il soutient apparaît à ses propres yeux.

 

Néanmoins, si opinion et hypothèse ont le caractère commun de permettre une représentation subjective de la réalité, elles jouent semble-t-il un rôle différent dans la science qui exigerait de les dissocier.

 

 

En effet, si l’hypothèse ouvre à la confirmation ou l’infirmation donc à la connaissance, l’opinion bloque la connaissance de sorte que sa présence dans l’acte de connaître est susceptible d’être un obstacle, ce que Bachelard décrivait ainsi : « Nous décèlerons des causes d'inertie que nous appellerons des obstacles épistémologiques. » Bachelard, La formation de l’esprit scientifique,1938, chapitre I La notion d’obstacle épistémologique.

L’opinion est un obstacle à détruire car comme traduction des besoins en termes de connaissance comme l’écrit Bachelard dans La formation de l’esprit scientifique (chapitre I), elle ne permet pas de poser des problèmes. Hérodote dont l’opinion était que la Terre est plate (Histoires, IV, 36) ne pouvait envisager l’hypothèse de sa sphéricité dont il se moquait. Si l’opinion bloque la connaissance, l’hypothèse la rend au contraire possible.

En effet, comme Platon le remarque à la fin du livre VI de La République (510b) les géomètres (= mathématiciens) raisonnent à partir d’hypothèses, des propositions posées sous, selon l’étymologie, d’où ils déduisent des conséquences qui sont les solutions de leurs problèmes. Ce sont ces hypothèses qu’Euclide nommera axiomes ou notions communes dans Les Éléments, les considérant comme évidentes. Par exemple « Les grandeurs égales à une même grandeur sont égales entre elles » (premier axiome). Pourtant n’étant pas démontrées, elles restent des hypothèses comme Platon le soutenait avec raison. Dans les sciences expérimentales (physique, chimie ou biologie), les hypothèses sont testées par des expériences, soit des expérimentations où on modifie un phénomène selon une action déterminée pour tester une hypothèse en examinant si l’effet attendu se réalise, soit des observations, c’est-à-dire des expériences qui consistent à percevoir un effet qu’on déduit d’une hypothèse. Par exemple, l’observation d’étoiles différentes en Égypte et en Grèce apparaissait comme une conséquence de la sphéricité de la Terre (cf. Aristote [384-322 av. J.-C.],Du ciel, II, 14). Et leur observation a servi jusqu’à la fin du moyen âge de preuve de la sphéricité de la Terre.

 

Toutefois, si l’hypothèse ouvre à la connaissance et l’opinion la bloque, l’existence de cette dernière et sa distinction d’avec la première restent obscures. N’est-ce pas parce que leur domaine n’est pas le même ?

 

 

L’hypothèse appartient au domaine de la connaissance, dans la vie quotidienne, des conjectures sont possibles pour agir, voire des opinions. Il faut parfois connaître pour faire et lorsqu’on ne sait pas, on risque alors une hypothèse. Au passage clouté, on émet l’hypothèse que les voitures s’arrêteront lorsqu’on traverse. Mais alors que l’hypothèse dans la connaissance est la solution possible d’un problème théorique, c’est-à-dire qui vise la vérité, l’opinion appartient à la pratique, à la politique.

En effet, le savant n’émet une hypothèse que dans le cadre des connaissances acquises pour résoudre un problème donné alors que les opinions apparaissent surtout dans le domaine politique. Comme Hannah Arendt le soutient à juste titre dans « Vérité et politique » repris dans La crise de la culture (1961, 1968) l’opinion se forme à partir d’une question qui implique qu’on prenne en compte le plus grand nombre de points de vue. C’est dans le champ politique que règne l’opinion car il s’agit de décider pour ce qui concerne le public alors que la connaissance est concernée par ce qui est.

En effet le domaine politique, même s’il exige d’accepter des faits vrais n’est pas celui de la vérité mais du droit ou de la justice. Y règne la délibération pour déterminer ce qui est légitime concernant ce qui est public, au double sens de ce qui n’est pas secret et de ce qui n’est pas privé mais concerne tout le monde. Par exemple lorsque l’évêque catholique orthodoxe de l’île grecque de Zante avec le maire donne aux SS la liste de juifs demandée avec leurs deux noms après avoir caché les 275 juifs de l’île, ce qui équivalait à un refus radical et non violent, leur action vise la justice, non la vérité. Lorsque Galilée considère que les phases de Vénus qu’il observe grâce à sa lunette confirme l’hypothèse héliocentrique et réfute l’hypothèse géocentrique, il vise une vérité. L’affirmation d’une opinion peut avoir une valeur opinion même si elle paraît concernée la connaissance. L’antisémitisme a longtemps eu ce rôle. Le platisme en est un exemple contemporain puisqu’il s’accompagne d’un complotisme de nature politique.

 

 

En un mot, le problème était de savoir s’il faut distinguer ou non l’opinion de l’hypothèse. Essais de représentations, essentiellement subjectives, elles peuvent être confondues, mais la première bloque la connaissance là où la seconde la rend possible sous ses deux formes, soit un point de départ pour tirer des conséquences, soit une représentation qu’on teste. Leurs domaines diffèrent, l’opinion concerne plutôt le domaine politique et l’hypothèse la connaissance. Aussi, les opinions d’un savant ne sont pas analogues à des hypothèses et doivent peut-être être considérées comme dangereuses.

 

 

mercredi 17 décembre 2025

Michel Foucault (1926-1984), biographie

 Michel Foucault est né à Poitiers le 15 octobre 1926. Son père, Paul, est chirurgien et professeur d’anatomie. Son grand-père, prénommé aussi Paul, est médecin. Sa mère, est fille d’un chirurgien. Elle nomme son fils pour la famille, Paul-Michel. Il a une sœur aînée, Francine, épouse Fruchaud (Cf. http://www.revuerectoverso.com/IMG/pdf/DanielDefert.pdf) née en 1925, et en 1933, naît son frère cadet, Denys, qui deviendra médecin.

Il suit une scolarité normale à Poitiers jusqu’en hypokhâgne et khâgne. Il part refaire une khâgne au lycée Henri IV de Paris où il arrive en octobre 1945. Il a quelques temps Jean Hyppolite (1906-1968) comme professeur avant qu’il ne soit appelé au collège de France.

De 1946 à 1951 il est élève à l’École Normale Supérieure. En 1950, il adhère au Parti communiste français. Louis Althusser (1918-1990), membre du bureau politique et chef de file du marxisme antihumaniste, est alors répétiteur à l’École. Il obtient l’agrégation de philosophie à la deuxième tentative en juillet 1951. En octobre, il est répétiteur à l’École.

En 1952, il quitte le Parti. Il est psychologue dans le service psychiatrique du professeur Jean Delay (1907-1987) à l’hôpital Sainte-Anne à Paris. En octobre, il devient assistant de psychologie à la faculté des lettres de Lille. Il rencontre le musicien Jean Barraqué (1928-1973) qui l’initie à la musique contemporaine.

En 1953, il suit le séminaire de Jacques Lacan (1901-1981) à Sainte-Anne.

En 1954 il écrit une préface à la traduction d’un ouvrage du psychiatre partisan de la phénoménologie de Husserl (1858-1938) et Heidegger(1889-1976), Ludwig Binswanger (1881-1966) intitulé Le rêve et l’existence(1930 pour l’édition allemande originale) chez Desclée de Brower (cf. Dits et Écrits, tome I, texte n°1). Il publie Maladie mentale et personnalité aux Presses Universitaires de France dans la collection « Épiméthée » à la demande et sous l’influence d’Althusser dans la mesure où l’ouvrage est marxisant.

Il rédige l’article « La psychologie de 1850 à 1950 » dans le tome II de l’Histoire de la philosophie européenne intitulé Tableau de la philosophie contemporaine sous la direction de Denis Huisman (1929-2021) et Alfred Weber paru à la librairie Fischbacher (cf. Dits et Écrits, tome I, texte n°2).

À l’automne 1955, il devient directeur de la Maison de France à Uppsala en Suède.

En 1956, il commence à travailler à ce qui sera son Histoire de la folie. Il rencontre le spécialiste des religions indo-européennes, Georges Dumézil (1898-1986) avec qui il aura une relation intellectuelle suivie. Il y accueillera aussi l’érudit dominicain André-Jean Festugière (1898-1982), spécialiste de la philosophie et de la spiritualité grecques et hellénistiques avec qui il sera en contact toute sa vie.

En 1957, il traduit avec Daniel Rocher Le Cycle de la structure (Gestaltkreis, édition allemande de 1933) de Viktor von Weizsäcker (1886-1957) dont l’ontologie vitaliste se rapproche par certains aspects des pensées de Husserl et de Heidegger. Il accueille Albert Camus (1913-1960) lorsqu’il reçoit le prix Nobel de littérature. Il publie un article, « La recherche scientifique et la psychologie » dans un collectif dirigé par E. Morère, Des chercheurs français s’interrogent. Orientation et organisation du travail scientifique en France, publié à Toulouse chez Privat (cf. Dits et Écrits, tome I, texte n°3).

En octobre 1958 il est conseiller culturel à Varsovie de l’ambassadeur de France en Pologne, Etienne Burin des Roziers (1913-2012), un gaulliste historique qui avait rejoint la France libre. Michel Foucault s’occupe du Centre de civilisation française.

En septembre 1959, il est chassé par la police de la Pologne communiste et se retrouve en charge de l’Institut français de Hambourg.

En 1960 il écrit en Allemagne sa thèse complémentaire sur l’Anthropologie de Kant. En octobre, il est élu à la faculté de Clermont-Ferrand. Il rencontre Daniel Defert (né en 1937) son compagnon jusqu’à sa mort.

Il publie en 1961 un article relatif à un ouvrage qui vient de paraître de l’historien des sciences Alexandre Koyré (1892-1964) intitulé : « Alexandre Koyré : La Révolution astronomique, Copernic, Kepler, Borelli » dans le n°108 de La Nouvelle Revue française (cf. Dits et Écrits, texte n°6). Il donne un compte-rendu intitulé « Le “nom” du père » de l’ouvrage du psychanalyste Jean Laplanche (né en 1924), Holderlin et la question du pèreparu chez P.U.F. cette année-là (cf. Dits et Écrits, tome I, texte n°8). Le 20 mai 1961 il soutient en Sorbonne sa thèse principale dirigée par Georges Canguilhem (1904-1995) : Folie et déraison, Histoire de la Folie à l’âge classique. Le texte est édité la même année par les éditions Plon dans la collection « Civilisations d’hier et d’aujourd’hui ». Sa thèse complémentaire, dirigée par Jean Hyppolite s’intitule Genèse et structure de l’Anthropologie de Kant. La traduction du texte de Kant sera publiée par les éditions Vrin de son vivant mais la thèse restera longtemps inédite. Elle a été publiée en 2008 aux éditions Vrin. Il donne une Introduction pour une édition de Rousseau, Rousseau juge de Jean-Jacques. Dialogues chez Armand Colin (cf. Dits et Écrits, tome I, texte n°7). Le journal Le monde publie un entretien avec J.-P Weber intitulé « La folie n’existe que dans une société » le 22 juillet (cf. Dits et Écrits, tome I, texte n°5). En novembre, il termine la rédaction de Naissance de la clinique.

En 1962, il est professeur de psychologie à l’université de Clermont-Ferrand où enseigne Jules Vuillemin (1920-2001) qui y a remplacé Maurice Merleau-Ponty (1908-1961) et y enseigne aussi Michel Serres (1930-2019). Il réédite une nouvelle version de Maladie mentale et personnalité sous le titre Maladie mentale et psychologie. Il fait la connaissance de Gilles Deleuze (1925-1995) qui publie son Nietzsche et la philosophie.

En 1963, il entre avec le théoricien de la littérature Roland Barthes (1915-1980) au conseil de rédaction de la revue Critique qui avait été fondée par Georges Bataille (1897-1962). En avril, il publie Naissance de la clinique, une archéologie du regard médical, chez P.U.F. et en mai son Raymond Roussel chez Gallimard. En décembre, le projet de son prochain ouvrage, Les Mots et les Choses, son « livre sur les signes » est défini. Une édition abrégée de l’Histoire de la folie paraît dans la collection 10/18.

En 1964 il donne des conférences en Turquie, à Istanbul et Ankara. Il visite Éphèse, la cité d’Héraclite (v° siècle av. J.-C.).

En 1965 il est membre de la commission de réforme des universités installée par le ministre de l’Éducation nationale, Christian Fouchet (1911-1974). Son projet de découpage régional pluridisciplinaire ne sera pas retenu. Il réfléchit au rôle des sciences sociales. En octobre, il présente pour la première fois des extraits de son ouvrage, Les Mots et les Choses à la faculté de Sao Paulo.

En 1966 il donne des conférences sur le structuralisme à Budapest et Bucarest. Il publie en avril Les Mots et les Choses. Une archéologie des sciences humaines dans la « Bibliothèque des sciences humaines » chez Gallimard. L’ouvrage a un incontestable succès. Dirigé contre Sartre (1905-1980), Foucault est accusé par ce dernier et ses thuriféraires d’être le dernier rempart de la bourgeoisie contre le marxisme que Sartre, dans Critique de la raison dialectique, publiée en 1960, avait déclaré la philosophie indépassable de notre époque. En octobre, il s’éloigne en devenant professeur de philosophie à l’université de Tunis.

En mars 1967 il donne au Cercle d’études architecturales à Paris une conférence sur « Les hétérotopies ». À Tunis il lit Wittgenstein (1889-1951) et les analystes anglo-saxons pour leurs analyses sur l’énoncé. Il donne à Tunis un cours sur la peinture du Quattrocento. Il projette une étude sur le peintre Édouard Manet (1832-1883). Il donne sur le peintre quelques conférences à Tunis et à Milan. En juillet, Georges Canguilhem publie un article intitulé « Mort de l’homme ou épuisement du Cogito » dans la revue Critique. Il y défend Foucault et critique la phénoménologie.

Foucault publie un article sur la peinture de Magritte (1898-1967), « Ceci n’est pas une pipe » dans Les cahiers du chemin en janvier 1968 en hommage au peintre surréaliste récemment décédé. En mars, Foucault tente d’aider ses étudiants tunisiens arrêté et emprisonnés suite à leur mouvement marxiste et anti-impérialiste réprimé par la police. Fin juin, il sera obligé de quitter la Tunisie. Il n’aura pas participé aux événements de mai 68. En septembre et octobre, Hélène Cixous (née en 1937), écrivain et féministe, le convie à participer à la fondation de la nouvelle université parisienne expérimentale de Vincennes. Il est chargé de la direction du département de philosophie. Il donne un cours sur « Sexualité et individualité » et un cours sur Nietzsche.

En 1969, il publie L’Archéologie du savoir, ouvrage où il donne la méthode de ses trois premiers livres, Histoire de la folieNaissance de la clinique et Les Mots et les Choses. En février, il donne une conférence à la Société française de philosophie : « Qu’est-ce qu’un auteur ? ». En avril et mai, il séjourne aux Etats-Unis au département de littérature de l’Université de l’État de New York à Buffalo. Il est invité par Olga Bernal (1929-2002) une survivante de la Shoah qui fut déportée à Auschwitz à l’âge de quatorze ans, spécialiste de littérature française. En novembre, il est élu au Collège de France où il succède à Jean Hippolyte à une chaire intitulée « Histoire des systèmes de pensée » créée pour lui grâce à Jules Vuillemin.

En mars 1970, il est à nouveau invité à Buffalo. En mai, il préface les Œuvres complètes de Georges Bataille. En septembre et octobre il séjourne au Japon : Tokyo, Nagoya, Osaka, Kyoto. Ses conférences sont publiées dans les revues japonaises. Gallimard rachète la première édition intégrale de son Histoire de la folie. Le 2 décembre 1970, il prononce au Collège de France sa leçon inaugurale « L’Ordre du Discours ». Commence une période d’activités politiques, de conférenciers et de participations à des séminaires universitaires.

Son premier cours au collège de France pour l’année scolaire 1970-1971 s’intitule La volonté de savoir. Le 8 février 1971, Foucault participe à la fondation du « Groupe d’Information sur les Prisons » (G.I.P.) avec l’historien Pierre Vidal-Naquet (1930-2006), l’écrivain catholique et directeur de la revue personnaliste Esprit, Jean-Marie Domenach (1922-1997), son ami Daniel Defert et « des magistrats, des avocats, des journalistes, des médecins, des psychologues » (cf. Dits et Écrits, II, p.175). Il est invité en avril par l’Université McGill à Montréal au Québec (Canada). Foucault rencontre des militants indépendantistes québécois dont certains sont emprisonnés. En juin, une première enquête du G.I.P. porte sur vingt prisons. Foucault est de plus en plus engagé dans des actions contre la répression policière des luttes sociales en France (affaire Jaubert, Riss, Djellali, Mohamed Diab). L’écrivain et ancien prisonnier Jean Genet (1910-1986) lui demande de participer à la défense du militant noir américain George Jackson (1941-1971) des Black Panthers. C’est le début de leur amitié. Après l’assassinat en prison en août de George Jackson, il publie L’assassinat de George Jackson. Analyse d’un crime d’État. En novembre, Sartre, Genet, l’écrivain Claude Mauriac (1914-1996), le sociologue Jean-Claude Passeron (né en 1930) et Michel Foucault installent dans le quartier maghrébin de la Goutte d’or à Paris une commission d’enquête sur le racisme avec les militants du Secours rouge et de la Gauche prolétarienne maoïste. Foucault débat avec le linguiste Chomsky (né en 1928) à la télévision hollandaise sur l’existence ou non d’une nature humaine. En décembre commence une trentaine de mutineries dans les prisons françaises que le G.I.P. soutient et relaye auprès de l’opinion. Les prisons de Toul et de Nancy sont mises à sac. Il publie sa leçon inaugurale au Collège de France, L’Ordre du Discours.

Son cours au collège de France pour l’année scolaire 1971-1972 s’intitule Théorie et Institutions pénales. L’Histoire de la folie est rééditée chez Gallimard dans la collection « Bibliothèque des histoires » en 1972. Il remanie sa Naissance de la clinique et la réédite. Dans un numéro de la revue L’Arc consacré à Gilles Deleuze on peut lire un débat entre les deux amis sur la prison. Il revient à Buffalo. Ses conférences portent sur « La volonté de vérité dans la Grèce ancienne ». Il visite la prison d’Attica près de l’université de Buffalo. En octobre il est invité par le département de Romance Studies de l’université de Cornell à Ithaca dans l’État de New York. En décembre le G.I.P. se dissout pour laisser les prisonniers et anciens prisonniers s’occuper de leur propre mouvement.

Son cours au collège de France pour l’année scolaire 1972-1973 s’intitule La Société punitive. Il prépare Surveiller et punir. Il rédige une préface pour une exposition du peintre Rebeyrolle (1926-2005). Il rédige une étude sur les Ménines de Picasso qu’il ne publie pas. En mai il donne des conférences à Montréal sur l’anti-psychiatrie avec le Docteur Henri Ellengerger (1905-1993). Puis il se rend à l’Université Pontificale de Rio pour donner d’autres conférences. Certaines sont publiées sous le titre : « La Vérité et les formes juridiques ». Il parcourt le Brésil, notamment l’Amazonie avec Daniel Defert. Il participe à la création du journal quotidien Libération avec Jean-Paul Sartre et Bernard Clavel (2023-2010). En septembre, il participe à l’ouvrage collectif, Moi, Pierre Rivière, ayant égorgé ma mère, ma sœur et mon frère … qui trouve son origine dans un séminaire au Collège de France. Ceci n’est pas une pipe est réédité comme livre chez Fata Morgana.

Son cours au collège de France pour l’année scolaire 1973-1974 s’intitule Le Pouvoir psychiatrique. En mars 1974, il donne des conférences à Montréal où il réécrit Surveiller et punir. En avril, il témoigne au tribunal en faveur de la Grande encyclopédie des homosexualités qui est poursuivie « pour outrage aux mœurs par la voie d’un livre ». En octobre et novembre, il donne des conférences à Rio de Janeiro au Brésil, notamment sur la psychiatrie du XIX° siècle. Il visite le Nordeste.

Son cours au collège de France pour l’année scolaire 1974-1975 s’intitule Les Anormaux. En 1975 il publie Surveiller et Punir. Naissance de la prison dans la collection « Bibliothèque des histoires » aux éditions Gallimard. En avril et en mai, il voyage pour la première fois en Californie, invité par Leo Bersani (1931-2022), professeur de littérature française au département de littérature française de l’université de Berkeley située sur la baie de San Francisco. En septembre, René Allio (1924-1995) commence le tournage de Pierre Rivière en Normandie avec des paysans comme acteurs. Le 22 septembre, Foucault, au côté de l’acteur Yves Montand (1921-1991), de Claude Mauriac, de Régis Debray (né en 1940), du cinéaste Costa-Gavras (né en 1933) et du journaliste Jean Lacouture (1921-2015), dénonce, à Madrid sous la dictature de Franco, la condamnation à mort de plusieurs militants basques. En octobre et novembre, il donne à l’université de Sao Paulo au Brésil des conférences sur la psychiatrisation et l’antipsychiatrie. En novembre, à New York, il expose à l’université de Columbia le rôle des médecins et des psychiatres dans la torture pratiquée au Brésil sur les militants politiques. Gilles Deleuze, Félix Guattari (1930-1992) et William S. Burroughs (1914-1997) sont présents. De retour à Paris, Foucault soutient les mobilisations en faveur de la création du syndicat des soldats (qui n’existe toujours pas).

Son cours au collège de France pour l’année scolaire 1975-1976 s’intitule « Il faut défendre la société ». En 1976, il fréquente des dissidents soviétiques exilés. En mars, il participe à une semaine sur les prisons à Montréal. Il s’arrête à New York. En mai il donne des conférences en Californie dans les universités de Berkeley et de Stanford. En juillet, avec l’historienne Michelle Perrot, il fait rééditer en France le Panoptique du philosophe utilitariste anglais, Jeremy Bentham (1748-1832). Il est invité par le Mosdrow Wilson Center à Washington et pense s’y installer. Il prend un congé sabbatique d’un an. En novembre il donne des conférences à l’université de Bahia au Brésil et séjourne à nouveau dans le Nordeste. En décembre, il publie le premier tome de l’Histoire de la sexualitéLa volonté de savoir. Les volumes prévus initialement ne paraîtront jamais.

En 1977, il publie « La vie des hommes infâmes », une longue introduction à un projet de sélection d’archives de l’enfermement, publiée par les Cahiers du chemin. Il préface la traduction américaine de l’Anti-Œdipe de Deleuze et Guattari. Surveiller et punir est traduit en américain. Sont publiés par Cornell University Press, Language, counter memory, practice : selected essays and interviews de Michel Foucault. En mars, une traduction russe des Mots et les Choses circule en U.R.S.S. En juin, il organise avec Sartre et de nombreux intellectuels une réception publique des dissidents soviétiques contre la réception de Léonid Brejnev (1906-1982), le dirigeant de l’U.R.S.S. par le président de la république française, Valéry Giscard d’Estaing (1926-2020). En juillet paraît en Italie, chez Reviandi, Microficisa del potere (Microphysique du pouvoir), traduit au Brésil, qui est une sélection de textes politiques qui ont une large circulation dans les couches extra parlementaires. Le même texte paraît aux Etats-Unis sous le titre Power/Knowledge chez Pantheon en 1981 : ce qui lui assure une large diffusion. En octobre, il présente à Toronto lors d’un congrès de psychiatrie « L’Évolution de la notion d’individu dangereux dans la psychiatrie du XIX° siècle ». En décembre, il séjourne à Berlin. Il a des ennuis avec les polices dans les deux Allemagne. Le n° 70 de la revue l’Arc, intitulé La Crise dans la tête, est consacré à l’effet Foucault.

Son cours au collège de France pour l’année scolaire 1977-1978 s’intitule Sécurité, Territoire, Population. En 1978, il rencontre à Berlin la gauche alternative allemande avec Ronald Laing (1927-1989) et David Cooper (1931-1986), les chefs de file de l’anti-psychiatrie. Il manifeste à Hanovre en faveur de Peter Bruckner (né en 1922), chassé de l’université. Il séjourne à Tokyo et Kyoto. Il débat sur la pastorale chrétienne et la spiritualité bouddhiste. Il visite un hôpital psychiatrique et une prison dans le sud du Japon avec Daniel Defert. En mai, il débat avec des historiens français sur l’histoire des prisons. Ces échanges sont publiés dans l’Impossible Prison par l’historienne Michelle Perrot. Il donne une conférence le 27 mai 1978 devant la Société française de philosophie : « Qu’est-ce que la Critique ? » (elle sera publiée en avril 1990). Il fait paraître Herculine Barbin, dite Alexina B chez Gallimard dans une collection créée par Foucault « Les vies parallèles ». Le 16 septembre paraît le premier reportage d’idées proposé par Foucault au Corriere della Sera sur les événements d’Iran. Il arrive dans le pays au lendemain d’un massacre de manifestants par les troupes du Chah. Il manifeste sa sympathie pour ce soulèvement populaire – ce que les bien-pensants nommeront son erreur. Le 9 novembre débute son second séjour en Iran où pointe son inquiétude face au risque d’un régime islamiste qu’il n’a jamais soutenu. En décembre, il publie un long entretien dans l’Unita qui constitue une sorte de biographie intellectuelle.

Son cours au collège de France pour l’année scolaire 1978-1979 s’intitule Naissance de la biopolitique qui est la suite de celui de l’année précédente sur le thème de la gouvernementalité. Il y analyse le néolibéralisme. En avril, il donne une interview, « Un plaisir si simple », pour le lancement du premier numéro du journal homosexuel Gaipied qu’il soutient. Il dénonce les exactions du nouveau régime iranien de Khomeiny dans une lettre ouverte datée du 14 avril à Mehdi Bazargan, premier ministre iranien, qui fut l’interprète de Foucault lors de ses séjours en Iran. Il participe en juin, avec Bernard Kouchner (né en 1939), à une action en faveur des boat people vietnamiens. En octobre, il est titulaire des Tanners Lectures à Stanford. Il y présente son analyse de la gouvernementalité sous le titre « Omnes et singulatim ». Il donne une conférence à l’université de Sacramento sur l’histoire de la sexualité. Il participe à un ouvrage collectif, Les machines à guérir : aux origines de l’hôpital moderne avec Blandine Barret Kriegel (née en 1943), Anne Thalamy, François Béguin, et l’architecte Bruno Fortier (né en 1946). L’ouvrage paraît à Bruxelles aux éditions Mardaga dans la collection « Architecture archives ».

Son cours au collège de France pour l’année scolaire 1979-1980 s’intitule Du gouvernement des vivants. En octobre 1980, il donne les Hownian Lectures à Berkeley. Il y a plus de 800 personnes pour écouter « Truth and subjectivity ». La police intervient sur le campus. En novembre, il donne un séminaire à l’université de New York sur « Sexualités et solitude » dans le cadre de Jawes Lectures. Il donne une conférence à Princeton sur « The Birth of biopolitics » sur l’invitation du philosophe pragmatiste Richard Rorty (1931-2007).

Son cours au collège de France pour l’année scolaire 1980-1981 s’intitule Subjectivité et Vérité. Il invite le futur président brésilien Fernando Henrique Cardoso (né en 1931) à donner des conférences au Collège de France sur « L’émergence des nouvelles sociétés dans le Tiers Monde ». En mai, il enseigne à Louvain « Mal faire, dire vrai. Fonction de l’aveu en justice ». Il soutient le 19 juin à Genève un « droit des gouvernés ». Le 27 octobre a lieu à Los Angeles « The Foucault conference », réunion autour de « Knowledge, Power, History. Il a droit à un reportage dans le Times magazine : « France’s philosopher of power ». Avec le sociologue Pierre Bourdieu et la C.F.D.T., il initie une protestation contre le ministre français des Affaires étrangères Claude Cheysson qui avait accueilli l’état d’urgence proclamé en Pologne par le général Jaruzelski et l’emprisonnement des dirigeants du syndicat Solidarnosc en la qualifiant d’ « affaire polonaise ». Il devient le trésorier du Comité d’exilés du syndicat polonais en exil en France.

Son cours au collège de France pour l’année scolaire 1981-1982 s’intitule L’Herméneutique du sujet. En mai et juin il participe à un séminaire de sémiologie à Toronto, au Canada. Il donne une conférence sur « Dire vrai sur soi-même ». En juillet il commence à souffrir d’une sinusite chronique. Le 28 août, Foucault proteste sur les méthodes de la police française à propos de l’arrestation des « Irlandais de Vincennes » qui se révélera une erreur ou une faute. Il est invité par le président François Mitterrand à débattre de la situation au Moyen Orient le 14 septembre, jour où le président du Liban, Béchir Gemayel est assassiné. Du 22 au 30 septembre il prend part à un convoi de matériel en Pologne pour Solidarnosc avec l’actrice Simone Signoret (1921-1985) et Bernard Kouchner. Il ne peut rencontrer le syndicaliste Lech Walesa (né en 1943). Il visite Auschwitz. En octobre, il présente en collaboration avec l’historienne Arlette Farge (née en 1941), Le Désordre des familles. Lettres de cachet des archives de la Bastille au xviii° siècle dans la collection « Archives » chez Julliard et Gallimard. En octobre et novembre, il participe à un séminaire au département de religion de l’université de Vermont à Burlington sur « Technology of the self ».

Son cours au collège de France pour l’année scolaire 1982-1983 s’intitule Le Gouvernement de soi et des autres, en fait sur le thème de la parrhèsia (παρρησία) le dire-vrai) qui se poursuivra l’année suivante. Du 7 au 22 mars, le philosophe allemand de l’école de Francfort, Jürgen Habermas (né en 1929), est invité par l’historien et ami de Foucault, Paul Veyne (1930-2022). Foucault et Habermas se rencontrent plusieurs fois. En avril et mai il donne des conférences à Berkeley sur les technologies de soi. Il débat avec Dreyffus, Rabinow, Charles Taylor, Richard Rorty, Martin Jay et Leo Lowenthal (1900-1993), sociologue de la littérature et dernier survivant de l’École originale de Francfort. En mai la revue Le Débat publie un long entretien sur la situation politique et les syndicats en France entre Foucault et le secrétaire de la C.F.D.T., Edmond Maire (1931-2017). En juillet, une polémique est initiée par le gouvernement socialiste français sur le silence des intellectuels qui vise Foucault selon The Herald Tribune. En septembre, il pense avoir achevé son Histoire de la sexualité. Il voyage en Andalousie avec Daniel Defert. En octobre et novembre il donne des conférences sur la parrhèsia (παρρησία) à Berkeley, à Dumbler et à Santa Cruz. Il ressent une très grande fatigue et pense ne pas tenir son cours au Collège de France. Il commence à être suivi médicalement à l’hôpital Tarnier-Cochin par le service du Professeur J.-P. Escande.

Son cours au collège de France pour l’année scolaire 1983-1984 s’intitule Le Gouvernement de soi et des autres : le courage de la vérité. Foucault, traité au Bactrim, retrouve des forces. Il écrit à Maurice Pinguet (1929-1991), un ami, professeur à Tokyo : « j’ai cru que j’avais le sida mais un traitement énergique m’a remis sur pied. » En quoi, il se trompait. En mars, il intervient à la demande de Claude Mauriac en faveur d’ouvriers sénégalais menacés d’expulsion. Après un long silence apparent concernant son projet principal, il publie sous le titre générique d’Histoire de la sexualité, un tome II, L’usage des plaisirs et un tome III, Le Souci de soi. Un tome IV, Les aveux de la chair, est annoncé, mais il ne sera publié que bien plus tard (2018). En mai, il corrige un texte déjà ancien sur Canguilhem pour la Revue de Métaphysique et de Morale. Le 29 mai, épuisé, il accepte une interview avec un proche de Deleuze sur ses derniers livres. Le 3 juin, il est hospitalisé d’urgence. Foucault meurt du sida dont il se savait finalement atteint le 25 juin 1984.

En 1994, sont publiés les Dits et Écrits en quatre volumes sous la direction de Daniel Defert et François Ewald avec la collaboration de Jacques Lagrange. Ils regroupent les textes publiés de son vivant. Le tome I concerne la période 1954-1969, le tome II, 1970-1975, le tome III 1976-1979 et le tome IV 1980-1988.

 

La série des cours au Collège de France a été publiée sous la direction de François Ewald, A fontana et Mauro Bertani aux éditions Gallimard/Le Seuil dans la collection « Hautes études ».

En 2001 les Dits et Écrits sont réédité en deux tomes dans la collection Quarto chez Gallimard avec quelques variantes.

dimanche 7 décembre 2025

Petite biographie de Claude Bernard

 Vie.

Claude Bernard est né à Saint-Junien (Rhône) le 12 juillet 1813 dans une famille modeste. Après un échec au baccalauréat, il devient préparateur en pharmacie à Villefranche-sur Saône en 1824. Il songe à une carrière littéraire et écrit des pièces de théâtre. Il se présente chez un critique littéraire Saint-Marc Girardin (1801-1873) avec une tragédie en vers. Le critique lui conseille la médecine. Il s’installe à Paris en 1832. Il réussit son baccalauréat. Entre 1840 et1850, il travaille auprès de François Magendie (1783-1855).Puis il est docteur en médecine en 1843 pour une thèse sur le suc gastrique et son rôle dans la nutrition. Il n’exercera jamais. Il échoue à l’agrégation de médecine en 1844. Il est nommé titulaire de la chaire de physiologie générale créée pour lui à la Sorbonne et professeur de physiologie générale au Muséum d’histoire naturelle en 1854.il devient membre de l’académie des sciences. Suppléant de Magendie au collège de France, il lui succède en 1855. En 1861, il devient membre de l’académie de médecine.

En 1865, il publie son Introduction à l’étude de la médecine expérimentale. Il y présente notamment sa découverte de la fonction glycogénique du foie ainsi que ses recherches sur le curare, un poison découvert par les Amérindiens du sud qui joue sur l’influx nerveux et paralyse totalement.

Sur le plan personnel, c’est un homme en conflit avec ses proches, sa femme et ses filles étant violemment opposées à la vivisection animale à laquelle il a recours pour sa recherche.

Il est élu membre de l’académie française le 7 mai 1868. Il est nommé sénateur du second empire le 6 mai 1869.

Il meurt le 10 février 1878 et a droit à des funérailles nationales.

 

Œuvres.

1846 Précis iconographique de médecine opératoire

1853 Nouvelle fonction du foie

1855 Leçons de physiologie expérimentale appliquée à la médecine

1856 De la chaleur animale. Mémoire sur le pancréas

1857 Leçons sur les effets des substances toxiques et médicamenteuses

1858 Leçons sur la physiologie et la pathologie du système nerveux

1859 Leçons sur les propriétés physiologiques et les altérations pathologiques des différents liquides de l’organisme

1860 Leçons et expériences physiologiques sur la nutrition et le développement

1865 Introduction à l’étude de la médecine expérimentale. Leçons sur les propriétés des tissus vivants

1867 Rapport sur les progrès de la physiologie générale en France

1872 Leçons de pathologie expérimentale

1875 Leçons sur les anesthésiques et sur l’asphyxie. Leçons sur la chaleur animale. Leçon sur le diabète et la glycogenèse animale

1878 La science expérimentale

1878 Leçons sur les phénomènes de la vie commune aux animaux et aux végétaux

1879 Leçons de physiologie opératoire

1886 Arthur de Bretagne - drame inédit