dimanche 4 mars 2018

Bachelard le temps de l'histoire des sciences et la vérité (texte)

Le temps des sciences modernes a une tout autre efficacité que le temps des sciences débutantes. Une décade de notre époque vaut des siècles des époques antérieures. Cette efficacité est précisément un des aspects de caractère de cité constituée qu'a pris la cité chimique depuis la fin du XVIIIe siècle. Du fait du groupement des travailleurs, les dialectiques se multiplient et s’accélèrent. Ainsi le temps de la science marche de plus en plus vite. Il est très frappant que cette sorte de progression géométrique de l’efficacité du temps dans les progrès de la culture scientifique ne soit jamais considérée par l’historien des sciences. Et même, si l’on évoque cette évidente accélération de la culture scientifique, on rencontre, chez l’historien des sciences, une curieuse mauvaise humeur. Il se veut historien comme les autres, marchant du même pas que les autres, dans la cadence des événements contingents. Il ne se rend pas compte que tout historien des sciences est nécessairement un historiographe de la Vérité. Les événements de la science s’enchaînent dans une vérité sans cesse accrue. Parfois sans doute, dans le progrès de la science, des vérités apparaissent partielles, incomplètes, mais c'est parce qu’elles sont absorbées par des vérités plus grandes, plus claires, plus générales. La science grandit. Et c'est cette croissance que l'historien des sciences doit montrer. Le temps de la science est soumis à la dynamique d’une essentielle croissance. D’autres histoires ne sont pas si bien partagées. Quand elles reçoivent un relief, elles le doivent souvent à un point de vue personnel de l’historien. Les moments de l’histoire générale n’atteignent pas communément l’objectivité indéniable des moments de l’histoire des sciences.
Bachelard, Le matérialisme rationnel (1953), chapitre III La systématique moderne des corps simples, II, p.86.



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