jeudi 4 juin 2015

Sartre, biographie

Jean-Paul Sartre est né à Paris le 21 juin 1905. Il grandit à Paris, dans un milieu bourgeois et intellectuel. Son père, Jean-Baptiste Sartre (1876-1974), polytechnicien meurt alors qu’il n’a pas deux ans le 21 septembre 1906. Il est élevé par sa mère Anne-Marie Schweitzer (1882-1869) et jusqu’à l’âge de dix ans, surtout par son grand-père Charles Schweitzer (1844-1935), professeur agrégé d’allemand. Il ne fréquente pas l’école primaire.
Il fait ses études secondaires au lycée Henri-IV où il entre en 1915. Il y fait la connaissance de Paul Nizan (1905-1940) en 1916.
En 1917, lorsqu’il a douze ans, sa mère se remarie avec un autre polytechnicien, Joseph Mancy (1875-1945), qu’il haïra. Il est scolarisé à La Rochelle.
En 1920, il revient pensionnaire au Lycée Henri-IV.
De 1922 à 1924 il est élève en classe préparatoire au lycée Louis-le-Grand.
Il est reçu en 1924 à l’École Normale supérieure (E.N.S.) où il rencontre Raymond Aron (1905-1983). Il écrit Une défaite, Er l’arménien.
En 1927 il fait paraître un article sur la théorie réaliste du droit chez Duguit.
En 1928, il échoue à l’agrégation de philosophie. Raymond Aron est reçu premier.
En 1929, il est reçu premier à l’agrégation de philosophie. C’est durant cette période qu’il fait la connaissance de Simone de Beauvoir (1908-1986) qu’il a aidée à préparer l’agrégation de philosophie qu’elle réussit la même année que lui, seconde. Il forme avec elle un couple libre où chacun accepte les amours de l’autre à la condition de les lui raconter.
De 1929 à 1931, il fait son service militaire comme soldat météorologue.
Il est nommé au lycée François-Ier au Havre en 1931 pendant que le Castor – surnom de Simone – est muté(e) à Marseille. C’est un professeur non-conformiste, peu soucieux de la préparation au baccalauréat, préoccupé par la formation des esprits. Le 12 juillet, il fait le discours de remise des prix, discours quelque peu scandaleux à l’époque en ce qu’il fait l’éloge du cinéma mis sur le même pied que la philosophie ou le grec ancien. Il publie dans la revue Bifur du dadaïste Georges Ribemont-Dessaignes (1884-1974) un conte : La légende de la vérité.
Prenant la suite de Raymond Aron, il est pensionnaire à l’Institut français de Berlin en 1933 et en 1934 où il complète sa connaissance de la phénoménologie de Husserl (1859-1938) et découvre la pensée de Martin Heidegger (1889-1976).
De 1936 à 1939, il enseigne. Après le Havre, il va à Laon puis au lycée Pasteur à Neuilly puis enseigne en Khâgne au lycée Condorcet à Paris.
En 1936, il publie l’Essai sur la transcendance de l’Ego dans les Recherches philosophiques. C’est sa première œuvre philosophique. Il publie un premier ouvrage philosophique, L’Imagination.
En 1937, il commence l’écriture de La Psyché.
C’est en 1938 qu’il publie enfin sa première grande œuvre littéraire, La Nausée qui rate le prix Goncourt.
En 1939, il publie Le Mur un recueil de nouvelles (Le mur, La chambre, Érostrate, Intimité, L’enfance d’un chef). Mobilisé à Nancy, il est fait prisonnier. Il publie ensuite un texte philosophique, Esquisse d’une théorie des émotions, qu’il a extrait de La Psyché.
Sa première pièce Baronia est jouée en 1940 au stalag où il est prisonnier (elle sera publiée en 1962). Il publie ensuite le deuxième moment de sa réflexion sur l’imagination L’imaginaire. Psychologie phénoménologique de l’imagination pendant sa captivité.
Il est libéré en 1941. Il fonde un éphémère mouvement de résistance « Socialisme et liberté ».
Sa seconde pièce, Les Mouches, qui reprend un épisode de l’Orestie, représentée le 2 juin 1943, connaît un grand retentissement. Il rencontre Albert Camus (1913-1960). Il publie sa première somme philosophique, L’être et le néant. Essai d’ontologie phénoménologique.
Huis clos présenté en mai 1944 au Théâtre du Vieux-Colombier, connaît également un grand succès. Le théâtre et le cinéma – la firme Pathé le finance comme scénariste – lui donne l’aisance financière qui lui permet de quitter l’enseignement à la Libération. Sur la proposition d’Albert Camus, il devient « témoin de son temps ». Il fait une série de reportages pour le journal Combat et pour Le Figaro. Il couvre les journées de la Libération. Puis, il passe cinq mois aux Etats-Unis : New York, Hollywood, Texas, Nouveau-Mexique. Il y découvre notamment la discrimination raciale dont sont victimes les Noirs.
En 1945 il publie les deux premiers volumes de sa trilogie romanesque les Chemins de la liberté, L’âge de raison et Le sursis. Il fonde en octobre la revue Les Temps Modernes, engagée politiquement à gauche. Le comité directeur de la revue est composé de Raymond Aron, Simone de Beauvoir, l’écrivain et ancien surréaliste Michel Leiris (1901-1990), le philosophe Maurice Merleau-Ponty, Albert Ollivier (1915-1964), Jean Paulhan (1884-1968) et bien sûr Sartre. André Malraux (1901-1976) et Albert Camus ont refusé d’y entrer. Le 20 octobre, il donne sa fameuse conférence « L’existentialisme est un humanisme » au club Maintenant. Il reçoit une lettre élogieuse de Martin Heidegger datée du 28 où ce dernier le loue d’être un des premiers à comprendre sa philosophie (plus tard, publiquement, dans sa Lettre sur l’humanisme, Heidegger prendra ses distances avec l’existentialisme).
En 1946, il se brouille une première fois avec Albert Camus. Il fait paraître deux textes philosophiques : le texte de sa conférence L’existentialisme est un humanisme et Réflexions sur la question juive, et deux pièces de théâtre Morts sans sépulture et La Putain respectueuse le 8 novembre.
En 1947, il donne un scénario Les jeux sont faits pour le réalisateur et scénariste Jean Delannoy (1908-2008) ainsi qu’un recueil de nouvelles, Les jeux sont faits. Il publie des essais : Baudelaire avec une préface de Michel Leiris, Situations I, Qu’est-ce que la littérature ? C’est l’année où Heidegger publie Uber den Humanismus, Brief an Jean Beaufret où il se démarque de Sartre.
En 1948, il rejoint le RDR. Il publie une pièce de théâtre Les mains sales. Il donne un scénario, L’Engrenage. Qu’est-ce que la littérature ? constitue Situations II. Le Vatican le met à l’Index, c’est-à-dire dans la liste des auteurs qu’un catholique ne doit pas lire où il rejoint Montaigne et Descartes par exemple.
En 1949, des articles divers sont repris dans Situations III. Il fait paraître des Entretiens sur la politique avec la collaboration de Gérard Rosenthal (1903-1992) et David Rousset (1912-1997). La Mort dans l’âme, troisième volume des Chemins de la liberté, paraît.
En 1951, il donne pour le théâtre Le Diable et le Bon Dieu.
En 1952, il devient « compagnon de route » du P.C.F. à la suite de son texte pour critiquer l’arrestation du responsable communiste Jacques Duclos (1896-1975) dans l’affaire dite des « pigeons voyageurs ». De sa rencontre avec Jean Genet (1910-1990) découle une somme : Saint Genet, comédien et martyr.
En 1953, il édite L’Affaire Henri Martin (1953) pour défendre ce marin et militant communiste condamné pour propagande hostile à la guerre d’Indochine. On donne la première de Kean. Iris Murdoch (1919-1999), qui a été l’élève de Wittgenstein (1889-1951), publie : Sartre, un rationaliste romantique (Sartre, romantic rationalist, traduit en français en 2015), la première étude anglaise sur Sartre.
En 1955 a lieu la première de Nekrassov (1955).
En 1956 son compagnonnage avec le P.C.F. cesse suite à l’invasion de la Hongrie par les Soviétiques pour y réprimer la révolte populaire. Il dénonce la politique coloniale en Algérie avec Henri Jeanson (1900-1970), les catholiques Robert Barrat (1919-1976) et André Mandouze (1916-2006), le chantre de la négritude Aimé Césaire (1913-2008), l’écrivain Dionys Mascolo (1916-1997), l’écrivain et journaliste algérien Jean Amrouche (1906-1962).
Le 27 janvier 1957, Sartre participe à un important meeting organisé par le Comité d’action des intellectuels contre la poursuite de la guerre en Algérie.
En 1958, la Lettre sur l’humanisme de Heidegger est traduite en français.
En 1959 a lieu la première d’une nouvelle pièce, Les Séquestrés d’Altona.
En 1960, il voyage : Cuba où il rencontre le dirigeant de l’île Fidel Castro (né en 1926) et le révolutionnaire internationaliste argentin Che Guevara (1928-1967) ; Yougoslavie où il rencontre le dirigeant communiste Tito (1892-1980), Brésil, U.R.S.S où il est reçu par son dirigeant Khrouchtchev (1894-1971). Il signe le manifeste des 121. Il fait une déposition au procès du « réseau Jeanson ». Il approfondit sa connaissance de la théorie marxiste qu’il tente de concilier avec sa conception de la liberté. Cette tentative s’exprime dans la Critique de la raison dialectique I : Théorie des ensembles pratiques, précédée de Question de méthode. En octobre on entendit du côté de la droite : « Fusillez Sartre ! ». En décembre, le général de Gaulle dira de lui : « On n’emprisonne pas Voltaire. »
Il donne une préface aux Damnés de la Terre (1961) de Frantz Fanon (1925-1961) qui est une violente diatribe contre la domination des Européens blancs. Il y écrit notamment :
« Abattre un Européen, c’est faire d’une pierre deux coups, supprimer en même temps un oppresseur et un opprimé : reste un homme mort et un homme libre. »
En 1963, il publie son autobiographie parodique, Les mots. Elle concourt à lui faire obtenir contre son gré le Prix Nobel de littérature. Il est officiellement proclamé lauréat le 22 octobre.
En 1964 il refuse le prix Nobel de littérature. Ses articles continuent à être réunis en volume : Situations IV, Situations V, Situations VI.
Il n’abandonne pas le théâtre : Les Troyennes d’après Euripide (~480-406 av. J.-C.) sont créées le 10 mars 1965 à Paris au Théâtre nationale populaire (T.N.P.), dirigé alors par Georges Wilson (1921-2010). L’adaptation de Sartre est publiée avec un entretien qu’il a accordé à l’écrivain Bernard Pingaud (né en 1923). Huis clos est adapté pour la télévision par Michel Mitrani (1930-1996) en 1965. Un nouveau volume d’articles paraît : Situations VII.
En octobre 1966, dans un entretien qui paraît dans la revue L’Arc, il critique Les mots et les choses de Michel Foucault (1926-1984). Le livre lui paraît l’expression d’« une nouvelle idéologie, le dernier barrage de la bourgeoisie ».
En 1968, il se sent proche des étudiants du mouvement de mai. Après l’invasion de la Tchécoslovaquie (actuellement divisée en République Tchèque et en Slovaquie) par l’U.R.S.S. pour mettre fin à la tentative d’établir un socialisme à visage humain en 1968, Sartre rompt définitivement avec le P.C.F. Il devient gauchiste.
À partir de 1970, il dirige l’organe des maoïstes, La cause du peuple. Il s’adresse aux ouvriers des usines Renault – alors entreprise d’État – à Billancourt.
En 1971, il participe à la fondation de l’agence de presse Libération. Il consacre un ouvrage, inachevé, à Flaubert (1821-1880), L’Idiot de la famille. Les deux premiers tomes paraissent.
En 1972, le troisième tome de L’idiot de la famille paraît (le quatrième et le cinquième ont été abandonnés). Ses interventions sont encore recueillies en volumes : Situations VIII, Situations IX (1972). Paraît également Plaidoyer pour les intellectuels.
Il fonde le journal Libération dont le premier numéro paraît le 18 avril 1973. Le journal est politiquement classé à l’extrême gauche. Il fait paraître Un théâtre de situations
En 1974, il publie On a raison de se révolter par Philippe Gavi, journaliste à libération, et Benny Levy alias Pierre Victor (1945-2003). Il rend visite dans sa prison à Stuttgart à Andreas Baader (1943-1977), chef de la Fraction armée rouge, groupe d’extrême-gauche qui a commis des attentats.
En 1975, il abandonne un projet d’émissions historiques sur Antenne 2 (l’actuelle France 2) à cause de désaccords avec la direction de la chaîne.
En 1976, sort le film d’Alexandre Astruc (né en 1923) et Michel Contat (né en 1938), Sartre par lui-même. Situations X paraît.
Atteint de cécité, il continue à travailler et à militer. En 1979, il soutient avec Raymond Aron le comité « Un bateau pour le Vietnam » et rencontre son ancien condisciple à l’Élysée.
Il meurt le 15 avril 1980 après une vie engagée et désintéressée. Sartre distribuait généreusement l’argent qu’il gagnait. Cinquante mille personnes l’accompagnent au cimetière Montparnasse.
Après sa mort, sont publiées des œuvres plus ou moins achevées :
Carnets de la drôle de guerre (septembre 1939-mars 1940) (1983) à savoir ses notes de conscrit ; Lettres au Castor et à quelques autres, tome I et II (1983) ; Cahiers pour une morale (1983) qu’annonçait L’être et le néant ; Le Scénario Freud (1984) commande du cinéaste américain John Huston qui refusera d’être associé au film sorti en 1962 ; Critique de la raison dialectique II : L’intelligibilité de l’histoire (1985) suite de sa grande œuvre marxiste ; Mallarmé, la lucidité et sa face d’ombre (1986) ; Vérité et existence (1989) ; Écrits de jeunesse (1990) ; La reine Albemarle ou le dernier touriste. Fragments (1991) ; Typhus (1943) une pièce écrite durant l’occupation publiée en 2007.


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